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 Bref article sur le body pour une revue universitaire

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Ovide

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MessageSujet: Bref article sur le body pour une revue universitaire   Dim 20 Mar 2011 - 15:57

J'ai donné ce texte sur le bodybuilding au rédacteur d'une revue universitaire. Il ne s'agit pas d'un article, juste d'un "billet" sur notre discipline. Peut-être que certains d'entre vous le parcourront... merci.

Le bodybuilding, une sagesse moderne :
voyage au centre d’un imaginaire.


Le bodybuilding est une discipline paradoxale. Tout en lui semble combattre son contraire. Tantôt le culturiste cherche à prendre du volume, tantôt il s’astreint à des diètes amincissantes qui visent la ligne et la définition. Tantôt il idéalise la force, tantôt il privilégie l’endurance. Tantôt il place son credo esthétique dans l’hypertrophie de la forme, tantôt il rêve d’écorchés. Ce partage n’est pas un mal, encore moins un défaut pathologique ; il constitue l’élément moteur du bodybuilding, son aiguillon. La construction de l’identité par le muscle n’est pas un sport, disent les uns. Car le muscle travaillé devrait être l’instrument de la discipline sportive, le moyen par lequel on réalise l’exploit physique. Or le bodybuilding a inversé les situations : ce n’est pas le muscle qui permet de soulever un poids et ce faisant de vaincre la pesanteur ; c’est le poids qui aide à construire du muscle. Tout est là. Et c’est bien ce contre-courant des finalités habituelles qui dérange. Pourtant le bodybuilding moderne a pour alliés la culture et l’héritage de l’Antiquité. Si les Grecs du Ve siècle glorifiaient les athlètes vainqueurs dans les disciplines olympiques, c’était pour faire de ces champions des dieux terrestres. On oubliait l’exploit pour rappeler que le corps qui l’avait réalisé constituait un idéal de perfection mathématique dans ses proportions mêmes et servait de modèle direct à la représentation du divin. La spiritualité de Platon ou de Pindare ne passait pas par le déni du corps car elle voyait dans le physique exemplaire des athlètes une preuve tangible de la transcendance. Il est à croire, même si la pensée paraît simpliste, que le déclin des spiritualités a précipité le bodybuilding dans l’enfer de la mauvaise réputation, des fausses images, des rumeurs extravagantes et des procès d’intention. Le culturisme idéalisé du passé s’est transformé, dans la bouche de ses détracteurs, en discipline acéphale et en routine pour décervelés. D’où les réactions dont ses serviteurs immédiats constellent la planète Web : « La muscu, c'est que de la gonflette ! - Ta gueule et viens pousser, connard ». Et si les paradoxes dont le bodybuilding est le théâtre ont engendré ces défenses, les critiques qui les ont suscitées naissent elles-mêmes de la contradiction. Le surmoi de la minceur, le dégout des adiposités, la fascination pour des physiques modérément sculptés semblent aller dans le sens de la diète culturiste, en pleine phase de « définition ». Comment expliquer néanmoins ce désaccord ? Par le divorce entre deux dispositions morales voire deux esthétiques. En privilégiant le fitness contre le bodybuilding, la sécheresse contre l’hypertrophie, le juste milieu contre l’excès, le sens commun revendique un ordre moral classique face à ce qu’il perçoit comme des errances baroques. En effet, le bodybuilding répond à merveille aux catégories du maniérisme et du baroque. Il emprunte au maniérisme pictural son goût pour la netteté des lignes, pour la distorsion des formes, pour la recherche de la pose et de l’effet ; il prend au baroque son goût du monumental, sa volonté d’impressionner, son exhibition de la puissance matérielle et son moi divisé. Tout dans le bodybuilding est scission : en effet, tandis que dans mainte pratique sportive, on construit un savoir-faire sur un résultat acquis, en empilant pour ainsi dire progrès sur progrès, le culturisme au contraire est étayé par une alternance intelligente de la prise de masse et de la fonte adipeuse de sorte qu’une vie de bodybuilder semble rythmée par le jeu perpétuel de l’édification et de la déconstruction, qui est en fait une restructuration. A la différence du fitness qui envisage la perfection physique en termes de maintenance et de ligne (car outre la ligne qu’il oblige à garder, le fitness est linéaire, il est comme tout classicisme un pari en faveur de l’éternité), le bodybuilding, volontiers sinusoïdal, propose une construction très lente fondée sur des courbes qui ne cessent de s’inverser, sur de continuelles fluctuations. La langue même du monde culturiste valorise l’objet et son contraire : le bodybuilder en période de sèche proscrit le gras pour mieux ensuite idéaliser le gros (« gros » devient chez lui un petit nom dont il gratifie ses congénères) : d’où l’extrême valorisation de ses représentants massifs tels Jay Cutler ou Markus Ruhl (« c’est le meilleur, écrit dans un site culturiste un de ses valeureux collègues toulonnais, car c’est le plus gros »). Il brigue la plus belle « définition » c’est-à-dire le contour parfait de la musculature, mais il loue avant tout la « viande » d’un athlète beefy, réalisant - au rebours d’Aristote - une adéquation de la forme et de la matière. Il s’assujettit à des régimes pauvres en graisse mais l’aliment totémique par excellence qu’il s’autorise après la compétition est la pizza qu’il dévore comme on transgresse un tabou. Car le monde culturiste, face à l’incompréhension d’une société (surtout française) qui regarde frileusement les excès, est devenu le lieu de toutes les différences : de fait, pour se préserver, il s’enferme dans son propre imaginaire. Et c’est peut-être ce qui le sauve. Il ne peut répondre à des critiques qui relèvent de la subjectivité du goût. Que dira-t-il à l’homme moyen arguant qu’un idéal physique doit obéir à des mensurations moyennes ? A la femme s’engouant pour des musculatures discrètes ? Préférer le musculeux au musclé sec n’est pas vraiment affaire de dialectique. Les culturistes l’ont compris même s’ils continuent de fasciner tout en dérangeant. Et ce qui protège leur discipline c’est peut-être sa sous-représentation sociale? Car ce n’est pas parce qu’une pratique est déportée hors de toute grégarité qu’elle est dépourvue de poids ou de pertinence. Par tout ce qu’il impose d’efforts et de privations, le culturisme est devenu une ascèse rythmée par sept collations et repas quotidiens, un ou deux entraînements, des circuits de cardio-training, beaucoup de repos. Au final, l’apprenti bodybuilder, comme on l’a laissé entendre, se bâtit un monde en marge qu’il investit d’un imaginaire fait de modèles admirés, de programmes et de techniques, de diètes souvent draconiennes et d’un langage choisi. Les mots de coach, de diet, de training ou de compétiteur n’ont pas dans sa bouche le sens habituel que la société leur prête. Ce sont des numens, c’est-à-dire des concepts sacrés et intouchables qui constituent outre les garde-fous de la discipline et de ses hiérarchies, du moins les phares lumineux de son exemplarité. Lorsqu’un coach élabore à une calorie près le programme alimentaire de ses poulains en période de concours, la diète ressemble à des décrétales, autant dire à un texte sacré dont il convient de respecter et l’esprit et la lettre. De fait, les sites culturistes qui parsèment discrètement l’immense forêt du Web apparaissent peut-être au non-initié comme les lieux où l’on ne promeut que l’effort et la privation (no pain no gain y lit-on partout) ; mais c’est bien mal comprendre la finalité de la discipline. Car le bodybuilding résout à soi seul la brûlante question du changement. Le poète antique Ovide avait bien compris que l’homme n’était pas maître de son immobilisme corporel et il avait réduit l’histoire de l’humanité à des séries de métamorphoses. Même si les culturistes ne peuvent aller à l’encontre du temps ou de la génétique, ils livrent à l’homme qui place son identité dans le changement et dans l’amélioration physiques un art de modeler le corps par l’ascèse diététique et musculaire, un art d’avoir prise sur son enveloppe, ce qui est proprement inespéré. A cet égard, le bodybuilding ressemble aux sagesses antiques qui sont des curae animi, des soucis de soi. Il n’y a pas de grandes différences entre les exercices spirituels développés par des stoïciens tels Marc-Aurèle ou Epictète et les lignes de conduite que tout coach impose à ses recrues. Il y a la même autocritique, le même sentiment d’être en marge de la pensée commune, la même persévérance. Aussi peut-on affirmer sans ambages que le culturisme est une des dernières sagesses que l’Antiquité nous ait léguées, sagesses dont il inverse seulement les finalités. Il n’est plus question de mettre le corps au service des réfections de l’âme comme chez les philosophes, mais de faire de l’âme l’élément-moteur d’une conversion du corps. Proposer aux hommes des méthodes de changement aussi radicales et aussi efficaces n’est-ce pas tendre à une société éprise de déterminisme, qui croit en la fixité de son corps, un miroir aux espérances ?

Pierre Maréchaux (Univ. Nantes/Institut Universitaire de France/Warburg Institute de Londres).
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JC DUSSE

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MessageSujet: Re: Bref article sur le body pour une revue universitaire   Dim 20 Mar 2011 - 16:10

Je t'ai plussé, superbe.
TU devrais le remettre en page pour plus de lisibilité. m'autorises tu à la reprendre sur d'autres forums en te citant bien sûr.
Tu as bien résumé toutes les contradictions, les privations, les excès, les bons ou les mauvais côtés. C'est impartial et juste.
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takezo

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MessageSujet: Re: Bref article sur le body pour une revue universitaire   Dim 20 Mar 2011 - 16:13

intéressant farao
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John
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MessageSujet: Re: Bref article sur le body pour une revue universitaire   Dim 20 Mar 2011 - 16:34

Un plus également pour moi, très bel écrit !
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manowar

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MessageSujet: Re: Bref article sur le body pour une revue universitaire   Dim 20 Mar 2011 - 18:38

Vraiment bien, cela change par rapport à d'autres écrits..... Smile Smile Smile
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Ovide

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MessageSujet: Re: Bref article sur le body pour une revue universitaire   Dim 20 Mar 2011 - 20:42

merci à tous - si je m'attendais à toutes ces bonnes paroles!
Oui, Vincent, reprends-le à ta guise dans d'autres sites... il est vrai que la mise en page n'est pas top, ce qui rend la lecture difficile... Je vais y remédier pour ceux qui souhaiteraient le lire...
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Ovide

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MessageSujet: Re: Bref article sur le body pour une revue universitaire   Dim 20 Mar 2011 - 20:54

Le bodybuilding, une sagesse moderne :
voyage au centre d’un imaginaire.



Le bodybuilding est une discipline paradoxale. Tout en lui semble combattre son contraire. Tantôt le culturiste cherche à prendre du volume, tantôt il s’astreint à des diètes amincissantes qui visent la ligne et la définition. Tantôt il idéalise la force, tantôt il privilégie l’endurance. Tantôt il place son credo esthétique dans l’hypertrophie de la forme, tantôt il rêve d’écorchés. Ce partage n’est pas un mal, encore moins un défaut pathologique ; il constitue l’élément moteur du bodybuilding, son aiguillon.

La construction de l’identité par le muscle n’est pas un sport, disent les uns. Car le muscle travaillé devrait être l’instrument de la discipline sportive, le moyen par lequel on réalise l’exploit physique. Or le bodybuilding a inversé les situations : ce n’est pas le muscle qui permet de soulever un poids et ce faisant de vaincre la pesanteur ; c’est le poids qui aide à construire du muscle. Tout est là. Et c’est bien ce contre-courant des finalités habituelles qui dérange. Pourtant le bodybuilding moderne a pour alliés la culture et l’héritage de l’Antiquité. Si les Grecs du Ve siècle glorifiaient les athlètes vainqueurs dans les disciplines olympiques, c’était pour faire de ces champions des dieux terrestres. On oubliait l’exploit pour rappeler que le corps qui l’avait réalisé constituait un idéal de perfection mathématique dans ses proportions mêmes et servait de modèle direct à la représentation du divin. La spiritualité de Platon ou de Pindare ne passait pas par le déni du corps car elle voyait dans le physique exemplaire des athlètes une preuve tangible de la transcendance.

Il est à croire, même si la pensée paraît simpliste, que le déclin des spiritualités a précipité le bodybuilding dans l’enfer de la mauvaise réputation, des fausses images, des rumeurs extravagantes et des procès d’intention. Le culturisme idéalisé du passé s’est transformé, dans la bouche de ses détracteurs, en discipline acéphale et en routine pour décervelés. D’où les réactions dont ses serviteurs immédiats constellent la planète Web : « La muscu, c'est que de la gonflette ! - Ta gueule et viens pousser, connard ». Et si les paradoxes dont le bodybuilding est le théâtre ont engendré ces défenses, les critiques qui les ont suscitées naissent elles-mêmes de la contradiction. Le surmoi de la minceur, le dégout des adiposités, la fascination pour des physiques modérément sculptés semblent aller dans le sens de la diète culturiste, en pleine phase de « définition ». Comment expliquer néanmoins ce désaccord ? Par le divorce entre deux dispositions morales voire deux esthétiques. En privilégiant le fitness contre le bodybuilding, la sécheresse contre l’hypertrophie, le juste milieu contre l’excès, le sens commun revendique un ordre moral classique face à ce qu’il perçoit comme des errances baroques. En effet, le bodybuilding répond à merveille aux catégories du maniérisme et du baroque. Il emprunte au maniérisme pictural son goût pour la netteté des lignes, pour la distorsion des formes, pour la recherche de la pose et de l’effet ; il prend au baroque son goût du monumental, sa volonté d’impressionner, son exhibition de la puissance matérielle et son moi divisé. Tout dans le bodybuilding est scission : en effet, tandis que dans mainte pratique sportive, on construit un savoir-faire sur un résultat acquis, en empilant pour ainsi dire progrès sur progrès, le culturisme au contraire est étayé par une alternance intelligente de la prise de masse et de la fonte adipeuse de sorte qu’une vie de bodybuilder semble rythmée par le jeu perpétuel de l’édification et de la déconstruction, qui est en fait une restructuration.

A la différence du fitness qui envisage la perfection physique en termes de maintenance et de ligne (car outre la ligne qu’il oblige à garder, le fitness est linéaire, il est comme tout classicisme un pari en faveur de l’éternité), le bodybuilding, volontiers sinusoïdal, propose une construction très lente fondée sur des courbes qui ne cessent de s’inverser, sur de continuelles fluctuations. La langue même du monde culturiste valorise l’objet et son contraire : le bodybuilder en période de sèche proscrit le gras pour mieux ensuite idéaliser le gros (« gros » devient chez lui un petit nom dont il gratifie ses congénères) : d’où l’extrême valorisation de ses représentants massifs tels Jay Cutler ou Markus Ruhl (« c’est le meilleur, écrit dans un site culturiste un de ses valeureux collègues toulonnais, car c’est le plus gros »). Il brigue la plus belle « définition » c’est-à-dire le contour parfait de la musculature, mais il loue avant tout la « viande » d’un athlète beefy, réalisant - au rebours d’Aristote - une adéquation de la forme et de la matière. Il s’assujettit à des régimes pauvres en graisse mais l’aliment totémique par excellence qu’il s’autorise après la compétition est la pizza qu’il dévore comme on transgresse un tabou.

Car le monde culturiste, face à l’incompréhension d’une société (surtout française) qui regarde frileusement les excès, est devenu le lieu de toutes les différences : de fait, pour se préserver, il s’enferme dans son propre imaginaire. Et c’est peut-être ce qui le sauve. Il ne peut répondre à des critiques qui relèvent de la subjectivité du goût. Que dira-t-il à l’homme moyen arguant qu’un idéal physique doit obéir à des mensurations moyennes ? A la femme s’engouant pour des musculatures discrètes ? Préférer le musculeux au musclé sec n’est pas vraiment affaire de dialectique. Les culturistes l’ont compris même s’ils continuent de fasciner tout en dérangeant. Et ce qui protège leur discipline c’est peut-être sa sous-représentation sociale? Car ce n’est pas parce qu’une pratique est déportée hors de toute grégarité qu’elle est dépourvue de poids ou de pertinence. Par tout ce qu’il impose d’efforts et de privations, le culturisme est devenu une ascèse rythmée par sept collations et repas quotidiens, un ou deux entraînements, des circuits de cardio-training, beaucoup de repos. Au final, l’apprenti bodybuilder, comme on l’a laissé entendre, se bâtit un monde en marge qu’il investit d’un imaginaire fait de modèles admirés, de programmes et de techniques, de diètes souvent draconiennes et d’un langage choisi. Les mots de coach, de diet, de training ou de compétiteur n’ont pas dans sa bouche le sens habituel que la société leur prête. Ce sont des numens, c’est-à-dire des concepts sacrés et intouchables qui constituent outre les garde-fous de la discipline et de ses hiérarchies, du moins les phares lumineux de son exemplarité. Lorsqu’un coach élabore à une calorie près le programme alimentaire de ses poulains en période de concours, la diète ressemble à des décrétales, autant dire à un texte sacré dont il convient de respecter et l’esprit et la lettre. De fait, les sites culturistes qui parsèment discrètement l’immense forêt du Web apparaissent peut-être au non-initié comme les lieux où l’on ne promeut que l’effort et la privation (no pain no gain y lit-on partout) ; mais c’est bien mal comprendre la finalité de la discipline.

En fait, le bodybuilding résout à soi seul la brûlante question du changement. Le poète antique Ovide avait bien compris que l’homme n’était pas maître de son immobilisme corporel et il avait réduit l’histoire de l’humanité à des séries de métamorphoses. Même si les culturistes ne peuvent aller à l’encontre du temps ou de la génétique, ils livrent à l’homme qui place son identité dans le changement et dans l’amélioration physiques un art de modeler le corps par l’ascèse diététique et musculaire, un art d’avoir prise sur son enveloppe, ce qui est proprement inespéré. A cet égard, le bodybuilding ressemble aux sagesses antiques qui sont des curae animi, des soucis de soi. Il n’y a pas de grandes différences entre les exercices spirituels développés par des stoïciens tels Marc-Aurèle ou Epictète et les lignes de conduite que tout coach impose à ses recrues. Il y a la même autocritique, le même sentiment d’être en marge de la pensée commune, la même persévérance. Aussi peut-on affirmer sans ambages que le culturisme est une des dernières sagesses que l’Antiquité nous ait léguées, sagesses dont il inverse seulement les finalités. Il n’est plus question de mettre le corps au service des réfections de l’âme comme chez les philosophes, mais de faire de l’âme l’élément-moteur d’une conversion du corps. Proposer aux hommes des méthodes de changement aussi radicales et aussi efficaces n’est-ce pas tendre à une société éprise de déterminisme, qui croit en la fixité de son corps, un miroir aux espérances ?
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MessageSujet: Re: Bref article sur le body pour une revue universitaire   Dim 20 Mar 2011 - 21:33

n'hésites pas à reparler de ton projet, je te ferais de la pub sur d'autres forums pour te ramener des intervenants qui sait( si tu me gardes dans les invités ;-) )
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Ovide

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MessageSujet: Re: Bref article sur le body pour une revue universitaire   Dim 20 Mar 2011 - 22:29

oui oui t'inquiète mais je dois subir avant une grosse intervention (pontage + remplacement de l'aorte ascendante). J'aurai une belle cicatrice entre les pecs et je vais devoir reprendre la muscu très très doucement.. Le chirurgien en tout cas n'y voit pas d'inconvénient. Le projet de colloque international sur "la construction du corps" est en vue; je cherche les financements; j'inviterai Denis et d'autres compétiteurs, mais je veux pouvoir décemment les rémunérer... Alors je ne divulgue rien avant d'avoir les subsides...
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MessageSujet: Re: Bref article sur le body pour une revue universitaire   Dim 20 Mar 2011 - 22:48

je m y retrouve également,j en ai aimé la lecture,l aproche,les reférences,le constat,vincent a raison d en prolonger la vie en le divulgant sur d autres sites..............

espérons que tu réussira ton projet,tu me parais bien équipé pour ca cheers

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MessageSujet: Re: Bref article sur le body pour une revue universitaire   Dim 20 Mar 2011 - 22:50

Bel article, Pierre. félicitations! je te phone dans la semaine avant ton intervention... on essaye de se voir. Smile
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MessageSujet: Re: Bref article sur le body pour une revue universitaire   Dim 20 Mar 2011 - 23:02

Merci Bernard... J'attends la "pensée du jour" de demain matin...
Salut Franck, je t'appelle... ^^
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MessageSujet: Re: Bref article sur le body pour une revue universitaire   Dim 20 Mar 2011 - 23:54

Ce texte est très émouvant et a la fois tellement ...Vrai
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MessageSujet: Re: Bref article sur le body pour une revue universitaire   Lun 21 Mar 2011 - 0:52

C'est touchant et si vrai! J'en ai pas vu la longueur! J'aimerais le faire lire à ceux qui ne nous comprennent pas, qu'il voient que nous ne sommes pas tous de vulgaires décérébrés gonfleur de muscles.

Merci pour ce partage.
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MessageSujet: Re: Bref article sur le body pour une revue universitaire   Lun 21 Mar 2011 - 17:08

magnifique article comme on aimerait en lire plus souvent ! superbe !
Le bodybuilding enfin vu et décrit de " l'interieure " par une personne sachant magner la plume , cela change des récits caricaturals et méprisants de notre discipline de certains auteurs.

encore une fois Bravo pour ces quelques lignes .

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JC DUSSE

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MessageSujet: Re: Bref article sur le body pour une revue universitaire   Lun 21 Mar 2011 - 17:55

Je l'ai reprit sur PM en parlant vite fait de ton projet avec un appel à volontaires en prime.
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Ovide

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MessageSujet: Re: Bref article sur le body pour une revue universitaire   Lun 21 Mar 2011 - 22:54

Merci Vincent, j'ai vu cela et me suis présenté sur PM.
Merci Denis, mais, tu sais, avec toi je suis quand même à bonne école... cheers
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JC DUSSE

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MessageSujet: Re: Bref article sur le body pour une revue universitaire   Lun 21 Mar 2011 - 23:29

J'ai vu, j'espère que ça va te ramener des intervenants ;-)
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MessageSujet: Re: Bref article sur le body pour une revue universitaire   Mar 22 Mar 2011 - 22:21

justement il faut bien les choisir de manière à ce que se dégage une atmosphère amicale... Je suis en relation épistolaire avec Bob Paris qui a été un grand nom du bb. çà l'intéresse de venir parler...
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MessageSujet: Re: Bref article sur le body pour une revue universitaire   Mar 22 Mar 2011 - 23:19

Il est toujours un grand nom !! il est encore un modèle pour beaucoup !!
Et je te le redis ici, bon courage pour ton opération !
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MessageSujet: Re: Bref article sur le body pour une revue universitaire   Mer 23 Mar 2011 - 0:10

çà serait bien de faire se rencontrer des gens comme lui avec les générations montantes... çà serait bien qu'il puisse y avoir quelques posings en direct...
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JC DUSSE

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MessageSujet: Re: Bref article sur le body pour une revue universitaire   Mer 23 Mar 2011 - 1:33

Tu me chauffes là non ?
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Ovide

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MessageSujet: Re: Bref article sur le body pour une revue universitaire   Mer 23 Mar 2011 - 8:17

çà serait le clou... Des exposés (pas trop chiants, même franchement intéressants avec de bons orateurs qui peuvent chauffer une salle), des débats avec des bodybuilders, coachs, profs de sport (on fait cela en partenariat avec le SUAPS), sociologues, etc. Pourquoi pas une soirée musicale en milieu de colloque (çà a tjs été la tradition du département... on n'est pas obligé d'y assister mais il y a plein de gens qui aiment çà... on met dans le coup René Martin qui est le manager n°1 pour la musique à Nantes et qui promeut les Folles Journées). Et puis clou des deux ou trois journées, on demande aux culturistes invités de faire un show sur la scène du théâtre. Le gymnase est à 80 mètres: on se fait prêter des poids pour la chauffe, ou ils s'y rendent... Le pb reste d'homogénéiser les niveaux des participants. S'ils y a des amateurs volontaires : ok on paye leur transport (train ou avion) et les frais de bouche... Rémunérer les prestations en heures de cours, çà peut se faire... il faut voir. Bien sûr pour les professionnels du fitness (responsables de salles) qui perdront deux journées de travail, il faudra une rémunération décente et c'est là la difficulté car on tient à bien faire les choses...
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MessageSujet: Re: Bref article sur le body pour une revue universitaire   Mer 23 Mar 2011 - 8:24

programe allechant sunny

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JC DUSSE

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MessageSujet: Re: Bref article sur le body pour une revue universitaire   Mer 23 Mar 2011 - 17:55

Moi dès que c'est pour me ballader à moitié à poil je suis partant :D
Et justement il ne faut pas un niveau égal, il faut montrer que quel que soit le gabarit on peux pratiquer et obtenir un résultat agréable à l'oeil ;-)
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Bref article sur le body pour une revue universitaire

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